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Tourisme

Cas client

Quand un territoire devient le conteur de sa propre histoire

Comment le Club Hôtes Vienne - 750 logements, 137 adhérents - a transformé son chatbot en concierge-conteur du patrimoine, en six mois.

Julien Bédouret 7 min de lecture

Il est dix-sept heures, fin d’après-midi de mai à Poitiers. Une voyageuse remonte la rue Magenta, traverse la place Charles-de-Gaulle, et s’arrête devant la façade de Notre-Dame-la-Grande. Elle sort son téléphone - non pas pour la photographier, mais pour poser une question : « Raconte-moi son histoire. » La réponse arrive en quelques secondes, dense, fidèle. Pas un copier-coller de Wikipédia. Pas une fiche d’office de tourisme. Un récit. Court, situé, qui transforme un monument en histoire vivante. Le tourisme français accumule des chefs-d’œuvre. Il les fait trop rarement parler.

Façade romane de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, sculptée et arquée, dans la lumière d'après-midi
Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, façade romane du XIIe siècle. Photo : Benjamin Smith / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Le contexte

Club Hôtes Vienne, c’est une association d’hôtes indépendants créée il y a un an, qui réunit sept cent cinquante logements et cent trente-sept adhérents dans le département de la Vienne. Des indépendants : un domaine viticole reconverti en chambres, un manoir restauré par un couple d’architectes, un gîte de groupe dans le Loudunais. Ils ont en commun une chose précise : ils aiment leur territoire - et ils refusent que l’accueil de leurs voyageurs soit dilué dans les plateformes mondialisées.

L’enjeu, fin 2025 : se différencier. Pas par le prix. Pas par les services standards. Par la richesse de ce qu’on raconte à un voyageur, du moment où il pose son sac jusqu’au moment où il reprend la route. La décision : confier l’accueil numérique à un concierge digital, paramétré sur le territoire, qui parle comme un habitant.

Phase 1 - Le concierge digital

Le premier chantier : un chatbot multi-tenant capable de recommander restaurants, activités, balades et vignobles, en tenant compte des horaires en temps réel et des partenariats locaux. Sous le capot, une stack souveraine : Mistral AI en moteur de langage (français, hébergé en Europe), Qdrant pour la recherche sémantique sur les fiches POI, FastAPI côté backend, et un widget JavaScript embarquable côté hébergeur - quelques lignes à coller dans le site de chaque maison.

La synchronisation des fiches se fait chaque nuit depuis Tourinsoft, la base territoriale officielle alimentée par les CRT et CDT, enrichie par la base interne du Club (recommandations propres et réductions adhérents). Trois mille soixante-deux POIs sont indexés. À chaque ingestion, le système leur attribue automatiquement une taxonomie multi-niveau : catégorie principale (restauration, activités, patrimoine), ambiance, public cible, budget, moments propices. Quatre-vingt-dix-sept virgule quatre pour cent des fiches sont enrichies sans intervention humaine.

Côté visiteur, l’expérience est simple : une question en langage naturel, une réponse en quelques secondes, des fiches POI cliquables avec leur statut Ouvert / Fermé calculé en direct, et des suggestions pour prolonger la conversation. Côté hôte, chacun peut paramétrer son ton, ses couleurs, ses suggestions de démarrage - la même infrastructure s’ajuste à chaque maison du réseau sans surcoût marginal.

Phase 2 - Le déclic narratif

En calibrage actif, on regarde les conversations remontées par les premiers tests. Et un constat s’impose : les voyageurs ne posent pas que des questions pratiques. Ils en posent aussi des historiques. « Pourquoi y a-t-il une cathédrale à Poitiers ? » « Qu’est-ce que la Bataille de Poitiers ? » « Jeanne d’Arc est passée par là ? » Le bot répondait - correctement, mais platement. Comme un manuel scolaire.

Or, la Vienne a une densité historique rare. Bataille de Poitiers en 732. Notre-Dame-la-Grande qui se dresse vers 1086. Jeanne d’Arc qui consulte les théologiens de Poitiers en 1429. Une succession d’abbayes romanes, de villes médiévales, jusqu’au Futuroscope qui clôt la liste par un saut dans le contemporain. Cette matière demandait mieux qu’une encyclopédie. Elle demandait un conteur.

Le History Storyteller a été livré le 11 mai 2026, version 1.3.0 du bot. Concrètement, le mode conteur offre quatre formats d’interaction :

  • Le récit d’un lieu - frise chronologique fidèle d’un monument, d’une ville, d’un site. « Raconte-moi Notre-Dame-la-Grande » donne un récit dense, situé, sourcé.
  • Le récit d’une époque - narration thématique sur une période, avec deux ou trois moments forts qui ancrent le visiteur. « Que s’est-il passé au Moyen Âge en Vienne ? »
  • Le voyage dans le temps - itinéraire chronologique en trois à cinq étapes, pensé comme une journée. « Une journée sur les pas de Jeanne d’Arc à Poitiers » enchaîne lieux et anecdotes dans l’ordre où elle les a vécus.
  • Les connexions historiques - quand le visiteur consulte un lieu, le bot peut lui proposer d’autres lieux qui partagent la même époque ou le même fil narratif.

Et un pont fluide entre les deux modes : sur chaque fiche POI patrimonial, un bouton 📜 Découvrir l’histoire de [ce lieu] apparaît automatiquement. Le visiteur passe de la recherche pratique - « où dîner ce soir ? » - à l’immersion narrative sans rupture. C’est le même bot. La même conversation. Mais une autre profondeur.

Ce qui a rendu ça possible

Quarante-cinq articles historiques, rédigés et structurés en frise du préhistorique au contemporain. Tous sourcés, tous datés, tous géoréférencés. Pas une simple base d’articles : une frise, qui relie les événements entre eux et permet au bot de raisonner sur des périodes, des époques, des successions.

Le point critique : la fidélité aux sources. Un modèle de langage, livré à lui-même, invente - c’est sa nature statistique. Notre choix architectural a été radical : avant chaque réponse de mode conteur, la frise complète est injectée dans le contexte du modèle. Le bot ne raconte que ce qui est dans la frise. Aucune date inventée, aucun personnage fictif, aucun raccourci historiographique. Quand il ne sait pas, il le dit.

Et tout cela est multi-tenant by design. Ce qu’on a livré pour la Vienne est réplicable pour n’importe quel territoire qui a un patrimoine à raconter - c’est-à-dire à peu près tous les territoires français.

Et maintenant

Cap sur la mise en production officielle de juin 2026. D’ici là, les dernières semaines de calibrage avec les adhérents nous serviront à affiner les tons par maison, à enrichir la frise historique sur les sujets que les premiers visiteurs ont soulevés, et à livrer le dernier chantier roadmap : l’export CSV / API des données du tenant.

Et après la MEP ? L’observabilité fine côté hébergeurs. Mesurer ce qui intéresse vraiment les visiteurs - les top intentions agrégées, les heures de pointe, les villes les plus demandées, les angles morts de l’offre. Le dashboard analytics alimentera directement la section Pilotage du site et permettra aux hôtes de piloter leur offre sur la base de signaux réels, sans cookie tiers.

Côté réplication, le socle est prêt. Un office de tourisme, une fédération d’hôtes, un département entier : tout territoire intéressé peut tester le concierge - et son mode conteur - en quelques semaines de paramétrage.

Vous portez un réseau touristique, un OT, un territoire ? Parlons-en.

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